Camino El Levante

samedi 26 novembre 2022

Albacete - La Gineta 18.5

 Albacete est en Espagne ce que Thiers est en France : la capitale du couteau.

Hier au dîner, après le déjeuner de midi sur banc avec un sauss, j’ai craqué pour une entrecôte : mon péché mignon ! Le bonheur tient parfois à pas grand-chose !

Le dimanche ici, tout est fermé, et en plus c’est jour de chasse : deux bonnes raisons d’être prudent.

Aujourd’hui, journée horribilis ! En partant, je me doutais bien que j’allais au-devant de problèmes. Dans cette petite ville de 2000 habitants, il n’y a aucun hôtel, seulement une albergue de quelques places qui d’ailleurs n’avait pas une super renommée. J’ai donc beaucoup hésité en marchant vers cette ville : sortir de mon plan de marche et pousser vers La Roda, 22 kms plus loin, ou me contenter de l’albergue. Rejoindre La Roda, supposait une étape de plus de 40kms ; j’ai déjà fait ce genre de distances, mais aujourd’hui, d’une part, je ne me sentais pas suffisamment en jambe et d’autre part, avec l’heure d’été, je craignais d’arriver à la nuit. Pour compliquer le problème, les guides précisent que les clés sont à retirer à la mairie, mais le dimanche la mairie est fermée ! Qu’à cela ne tienne, je m’étais dit qu’en allant à la police, ces gens sauraient où trouver les clés. C’était sans penser que la Police, elle aussi, faisait relâche. Arrivé dans la ville, j’interpelle une vieille dame qui sortait de la messe dominicale et qui, mesurant ma détresse,  me dit « momento! ». Elle part alors au bar en face, sans m’expliquer davantage pourquoi, et ressort avec un jeune homme. Je comprends alors que c’est le maire de la ville. Il me conduit à la mairie, tamponne mon passeport pèlerin, me donne une clé et me fait un plan détaillé de sa ville pour m’indiquer où se trouve cette fichue albergue. Heureusement, il y a une super cafétéria sur mon chemin et j’en profite pour prendre un plato combinado et une bière, puis je poursuis jusqu’à l’albergue. Lorsque j’ouvre la porte et découvre les lieux, je me rends compte que la description faite sur le guide était encore trop avantageuse par rapport à ce que je vois. En fait, c'est un local de sport, avec dans la même pièce, les douches collectives, deux urinoirs, deux lavabos et parterre, un matelas aux couleurs douteuses posé à même le sol. Horrible, sans même parler de l’odeur !

Il y a des jours sans ! Bien évidemment, il n’y a pas de chauffage et je devrai dormir tout habillé dans mon sac de couchage. J’avais demandé au maire combien je lui devais, il m’avait répondu « donativo ». Pas de prix fixe, c'est selon mon appréciation. Autant dire qu’en partant demain, je ne vais pas me rompre les doigts à bourrer beaucoup de billets dans la boîte ! Il y a encore des endroits, rares heureusement, où l’on se moque des gens ! Ceci dit, il y a dans ce monde des situations plus graves ! Relativisons !:


Dialogue devant les moulins

 

 

Sancho

Maître, avec tout le respect dû à votre titre

Mes yeux ne voient en vous qu’un authentique pitre.

Déjà plusieurs jours à battre la campagne,

À chevaucher sur nos nobles terres d’Espagne

Sans avoir pu encor juger votre courage,

Car jamais de l’épée vous n’avez fait usage !

Nous aurions péri face aux marchands de Tolède

Si mon humble personne n’était venue en aide !

 

Don Quichotte

Sottises Sancho, tout cela n’est que sottises !

Je ne puis plus longtemps entendre ces bêtises 

Aussi, je me fais fort de prouver sur le champ

Tout ce dont est capable un Chevalier errant.

Mire sur ce coteau les géants qui s’agitent !

Je vais leur donner la torgnole qu’ils méritent !

Ils secouent leurs grands bras pour mieux me défier

Mais vont voir de qui ils devraient se méfier !

 

Sancho

Permettez mon Maître, mais vous perdez raison,

Au point de confondre un homme et une maison !

Vous voyez des géants et ce sont des moulins

Dont les grands bras ne servent qu’à moudre les grains !

 

Don Quichotte

Qu’ai-je fait pour avoir un écuyer pareil ?

Est-ce la fatigue ou les rayons du soleil

Qui te rendent plus idiot que Rossinante

Au point de ne pas voir ces géants sur la pente ?

 

Sancho

Je n’ai pas chevauché des centaines de lieues

Pour ouïr de vous des propos si odieux !

Ne vous ai-je pas dit depuis notre départ

Que dans votre tête, c'est pareil au blizzard ?



À demain pour la réplique cinglante de Don Quichotte 





Les arènes 

L’emblème de la ville , le couteau 


















De l’ail 

L’Egise de la Gineta






Alpera - Higueruela 22 kms



Après la police lundi, les bonnes sœurs au couvent mardi, c’est la Mairie qui m’a logé hier soir. C’est une petite albergue, très propre, d’une dizaine de couchages, mais très sommairement équipée. Pas de cuisine, seulement un micro-ondes pour réchauffer son café ; c’est déjà ça ! Je pense qu’installer une cuisine pose des problèmes bien au-delà du coût des meubles ! Car cuisine, suppose ménage quotidien alors que là, avec des lits sans literie, des sanitaires où on a pris soin de laisser un seau et une serpillière, un passage hebdomadaire du ménage suffit bien ! Réflexion personnelle qui n’engage que son auteur.

J’ai, entre  autres défauts, de ne pas être physionomiste. Jamais un directeur de casino ou de boîte de nuit ne m’aurait gardé plus d’une semaine à son service. La dernière anecdote sur le sujet a moins d’un jour. En effet, hier soir, avant le dîner, je suis allé prendre un verre dans un bar,  les pèlerins ont bien droit, eux aussi, à l’apéro, et j’y ai rencontré un autre pèlerin. Un pèlerin, même le soir quand il n’a plus ses godillots et son sac 

 à dos, ça se reconnaît vite. Je m’installe au bar vers lui et j’entame la conversation : « Espagnol ? », je commence toujours comme ça, car dès le premier mot de réponse, on connaît l’origine et la langue à employer. Il me répond : « no Holland ». Je lui dis alors : « j’ai déjà vu un Hollandais ce matin » ! Il me répond : « oui, c’était moi » ! Et là on regarde ses pieds : « I’m sorry! ».

Quelques nuages, au petit matin, un ciel un peu voilé, mais en général dès que le soleil s’élève, il s’impose et siffle la fin de la récréation. Pourtant, ce matin, il a du mal à se faire respecter : « fini de jouer semble-t-il dire » mais visiblement les petits ont encore envie de s’amuser et ne sont pas prêts à regagner la classe ! Clin d’œil à toutes les copines institutrices 👩‍🏫 

Toujours du vent ce matin, je l’ai d’ailleurs entendu souffler toute la nuit ! Sur les hauteurs, des forêts d’éoliennes tournent à plein régime, crachant leurs mégawatts dans le réseau, sans compter au sol les immenses surfaces de panneaux photovoltaïques : l’Espagne prépare à grands pas la transition énergétique.

Les cultures céréalières des étapes précédentes laissent progressivement la place aux vignes . Ce sont les vignobles les plus grands du monde et les vins se déclinent dans toutes les couleurs. Les plus grands du monde, mais pas les meilleurs 🤣, sans pour autant qu’ils soient mauvais !

Dans les champs, les apparitions du soleil font apparaître de magnifiques dégradés d’ocre ; je ne serais pas surpris que Ted, hier, ait pris le temps de planter son chevalet.

Que du bitume aujourd’hui : pas drôle ! Beaucoup de canettes aluminium sur l’accotement ; je ne les ramasse pas, mais les écrase systématiquement pour qu’il n’arrive pas ici la mésaventure qu’a connue vers chez moi une cigogne assoiffée qui  est morte de n’avoir pu retirer son long bec d’une canette de Coca Cola.

Plus loin, je rencontre un berger qui fait paître son troupeau ; on fait le brin de causette ; il me rassure sur le temps, il me dit qu’il ne devrait pas pleuvoir ce matin, même si le ciel s’est bien assombri depuis quelques minutes. Il me dit avoir de la famille en France, à Perpignan et Carpentras. Comme beaucoup d’Espagnols, ses aïeux, certainement républicains, se sont expatriés pour fuir le régime fasciste de Franco.

J’arrive vers 13 heures au terme de mon étape. Pour tous les guides et tous les blogs que j’ai consultés pour préparer ce périple, ici, il y a un incontournable,  c’est l’hôtel restaurant La Posada ; je suis ces conseils. Effectivement, comparé à une albergue non chauffée, il n’y a pas photo !

Déjeuner au restaurant, menu du jour à 11 euros (boisson comprise)!


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Comme mon Chemin traverse le pays de la Mancha si cher à Don Quichotte, que sur mon parcours, je rencontre les moulins contre lesquels le Chevalier a livré bataille, il m’est venu l’idée d’imaginer pour cet épisode un dialogue entre Don Quichotte et son fidèle écuyer Sancho ; un dialogue en vers (alexandrins) qui tente de respecter l’esprit de la description qu’en a fait en prose Miguel de Cervantes.

Pour mes lecteurs qui n’auraient pas lu le roman de Cervantes je rappelle sommairement le contexte du célèbre épisode des moulins et des géants.

« Don Quichotte, simple villageois de la région de Tolède s’est passionné pour les romans de chevalerie jusqu’à perdre le sens des réalités. Il s’est autoproclamé Chevalier, et veut mettre sa vie et ses qualités de guerrier au service d’une certaine justice en combattant tous ceux qui tyrannisent le peuple.

Accompagné de son écuyer Sancho Panza, un naïf paysan et de son cheval Rossinante, il parcourt la région pour venir en aide aux opprimés. Après plusieurs aventures malheureuses où il a enchaîné des situations plus ridicules les unes que les autres, il remarque sur une colline une trentaine de moulins à vent qu’il prend pour des géants et qu’il décide de combattre ».


 Je livre ici les deux premières strophes, les autres sont à venir sur les prochaines étapes : patience !

 

 

Dialogue devant les moulins

 

 

Sancho

Maître, avec tout le respect dû à votre titre

Mes yeux ne voient en vous qu’un authentique pitre.

Déjà plusieurs jours à battre la campagne,

À chevaucher sur nos nobles terres d’Espagne

Sans avoir pu encor juger votre courage,

Car jamais de l’épée vous n’avez fait usage !

Nous aurions péri face aux marchands de Tolède

Si mon humble personne n’était venue en aide !

 

Don Quichotte 

Sottises Sancho, tout cela n’est que sottises !

Je ne puis plus longtemps entendre ces bêtises 

Aussi je me fais fort de prouver sur le champ

Tout ce dont est capable un Chevalier errant.

Mire sur ce coteau les géants qui s’agitent !

Je vais leur donner la torgnole qu’ils méritent !

Ils secouent leurs grands bras pour mieux me défier

Mais vont voir de qui ils devraient se méfier !


Suite à venir 🤣🤣

 

Ma demeure d’hier







































Celles là je ne les écrase pas !












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